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Exposition Sarah Moon

Pour sa nouvelle exposition l’association « La Loge » a choisi d’exposer la photographe de renommée internationale Sarah Moon. Le choix de cette artiste s’est donc fait tout naturellement car c’est une photographe connue du grand public. De plus, sa notoriété n’est plus à démontrer. De plus, Sarah Moon a une certaine attache en région Franche Comté car elle est accompagnée par Patrick Toussaint qui effectue pour elle le travail de laboratoire à Lons le Saunier. La thématique du cirque abordée par l’artiste dans un certain nombre de ses clichés nous ramène au cirque Plume qui a vu le jour  à Besançon. Si elle est avant tout célèbre pour sa collaboration avec Cacharel, Sarah Moon explore bien d’autres champs que ceux de la mode et de la publicité. Née en 1941, dans une famille juive qui doit fuir la France occupée, Sarah Moon ne dit rien de son enfance. Elle ne parle pas non plus de ses années passées en Angleterre où elle étudie le dessin, ni de son père ingénieur, ou encore de ses quatre frères et sœurs… De 1960 à 1966, la jeune femme embrasse la carrière de mannequin, avant de s’orienter vers la photographie à partir de 1970. Très influencées par le pictorialisme, ses images sont alors publiées dans de nombreux magazines de mode tels Harper’s Bazaar, Vogue ou Elle. Neuf ans plus tard, l’artiste se voit attribuer le Lion d’Or à Cannes en hommage à ses courts métrages. Présentés en 1983 au Centre Photographique International de  New-York, ses travaux lui valent l’année suivante le prix Clio. C’est en 1990 qu’elle réalise son premier long métrage ‘Mississipi One’, avant d’exposer quatre ans plus tard aux Rencontres Photographiques à Arles. L’analyse de ses œuvres amène à penser que son enfance a été déterminante pour un art dont le style est très arrêté.

Des constantes se retrouvent en effet dans ses photographies : le rapport à une nature inaccessible et confinée. La nature est conjuguée au passé ; on y trouve des pyramides, des rhinocéros, des mythes, de la nostalgie, parfois de la tristesse. Il n’y a pas de vrai blanc dans ses images, tout est en low key ; pas d’échappées claires dans les ciels du flou, du vignettage de l’exotisme : animaux ou monuments lointains, avec une tonalité coloniale souvent du mouvement, comme effacement des premiers plans des yeux fermés, ou des visages effacés ou baissés. On retrouve aussi des références aux années 30, à la modernité (le vêtement, la représentation de la femme) et une grande importance des mains (qui sont la partie du corps des adultes à la hauteur du visage d’un enfant…). La martyrisation est également présente dans ses clichés (par le corset, par les griffures, le grattage du négatif) ainsi que l’allusion au cauchemar d’enfant avec des personnages sans tête, sans bras, sans mains ou avec des bras en bois, ou amputés ce qui nous rapporte à une assimilation des êtres à des poupées. Tout ceci ressemble à un espace confiné auquel on n’échappe pas. La suggestion dans l’image est renforcée dans le procédé par l’interposition de matières, de gestes, de cadres, de grattages entre le sujet et le spectateur.

Ces éléments semblent directement nous mener à une interprétation autour du souvenir de la prime enfance dans une Grande-Bretagne en guerre, un pays obligé d’appeler à l’aide les forces vives de ses colonies... D’où une atmosphère pleine d’inquiétude, de violence et de mutilation conjuguée au passé, avec la guerre en creux, une atmosphère où l’ailleurs colonial dans sa vision enfantine déborde de partout.  Atmosphère dans laquelle le cadre familial confiné n’empêche pas l’arrivée des monstres et des mutilations probablement liées à l’omniprésence de la guerre. L’ailleurs est ainsi toujours présenté entre rêve, menace et souvenir dans un décor qui tient de la nature empaillée du musée d’histoire naturelle et de la violence du cirque. En 2002, une exposition présentée au musée d’Art Contemporain de Kyoto rend hommage à cette œuvre alliant grâce et violence, dans un style sombre et raffiné.

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